ENSAM

Historique de l'Ecole

Le berceau

En 1780 le duc de La Rochefoucault-Liancourt (1747-1827) conçoit le projet d'une école élémentaire dispensant un savoir technique. Six ans plus tard Louis XVI l'autorise à ouvrir "l'Ecole des Métiers". L'Ecole ouvre en 1788, avec une vingtaine d'élèves pour la plupart des enfants des soldats du régiment du duc. Le Duc s'exile en Angleterre puis aux Etats-Unis et l'Ecole devient peu à peu une école militaire.

Le consulat et l'Empire

La Rochefoucault comprend l'importance de la machine à vapeur et de la révolution qu'elle va engendrer, ainsi que la nécessité d'un nouveau système de formation d'ouvriers qualifiés, de contremaîtres, d'ingénieurs et de savants. En 1799 transfère l'Ecole à Compiègne. Une visite de Napoléon se solda par l'abandon de la formation technique pour transformer l'Ecole en une pépinière de sous-officiers, mais La Rochefoucault continue à travailler à la création de cette école technique.

Le décret du 6 Ventôse de l'an XI (25 février 1803)

Il transforme l'Ecole de Compiègne en une Ecole d'Arts et Métiers. Le décret du 5 septembre 1806 transfère l'Ecole à Châlons sur Marne. Entre-temps un décret impérial créait à Beaupréau (Maine et Loire) une seconde Ecole transférée à Angers en 1815 pendant la terreur blanche. La difficulté des premières années c'est tout d'abord de structurer le recrutement, ensuite de donner toute sa dimension à l'enseignement technique et surtout industriel. En 1814 les élèves de Châlons se portent au devant de l'envahisseur prussien et ceux d'Angers transforment l'Ecole en forteresse pour défendre le drapeau tricolore contre les fleurs de lys.

La monarchie de Juillet (1830-1848)

En 1832 la durée des études est de 3 ans, les promotions sont de 100 élèves. Le caractère adapté aux industries mécaniques naissantes est renforcé, c'est le cas jusqu'en 1920. Une compétition intense s'installe entre Aix-en-Provence, Marseille, Nîmes, Toulouse pour accueillir une Ecole. Aix-en-Provence, prête à céder un monastère (transformé en collège) spacieux et fonctionnel, est choisie en 1843 : c'est la troisième Ecole d'Arts et Métiers. Après l'échec de plusieurs tentatives, une autorisation de former une association d'anciens élèves est accordée et un grand banquet inaugural réunit 130 participants le 4 juillet 1847.

La seconde république (1848-1851)

Les événements révolutionnaires de février à juin au cours desquels élèves et Anciens jouèrent un rôle manifeste ont renforcé la mauvaise réputation des Ecoles dans les milieux conservateurs. De 1850 à 1851 les menaces de suppression des Ecoles sont importantes. L'association des Anciens Elèves se mobilise, une pétition signée par les industriels de premier plan (Cail, Clapeyron, Flachat...) arrive au ministre du commerce et empêche la suppression des subventions.

Le second Empire (1852-1870)

Le 30 décembre 1865, une réforme modernise les ateliers, élève le niveau en chimie et physique. L'Ecole forme désormais "des chefs d'atelier et des ouvriers exercés dans la pratique éclairée des arts spécialement utiles aux industries du bois et du fer". La Société des Anciens Elèves est reconnue d'utilité publique (1860), elle peut alors recevoir des dons. Son effectif passe de 324 à 1220 en dix ans et surtout elle rentre en politique pour défendre les intérêts de l'Ecole.

De 1881 à 1914

1881 est l'année du centenaire qui est l'occasion d'une campagne bien orchestrée de promotion de l'Ecole d'autant que c'est la période de l'école primaire obligatoire gratuite. Nous devons à Denis Poulot une défense très active de l'Ecole.

La loi du 4 avril 1885

Elle officialisa la position d'enseignement secondaire des Ecoles d'Arts et Métiers, le niveau d'entrée est relevé, on introduit la géométrie analytique, l'hygiène industrielle... Cette époque est aussi celle de l'affermissement de la Société des Anciens Elèves. En 1897 206000F sont votés pour l'électrification des Ecoles. En 1899 le niveau en science et mathématique est à nouveau élevé et le régime d'internat est "démilitarisé".

Le début du XXième siècle

En 1900 est créée l'Ecole de Lille et en 1901 Cluny est transformée en Ecole d'Arts et Métiers. Enfin la décision de créer l'Ecole de Paris est prise en 1912. L'Association, toujours dans le souci d'assurer la pérennité de l'Ecole, pense que la reconnaissance du brevet en diplôme d'ingénieur est la meilleure manière pour affronter la concurrence des autres écoles. En 1909 les programmes sont redéfinis et le terme d'ouvrier disparaît, l'Ecole a pour vocation de "former des chefs d'atelier, des ingénieurs et des industriels versés dans la pratique des arts de la mécanique".

De 1914 à nos jours

Le tribut payé à la guerre 14-18 A la déclaration de guerre, 6500 Gadz'Arts sont mobilisés au front où 1100 sont tués la première année alors que pour leurs compétences techniques, polytechniciens et centraliens reçurent des dispenses avant qu’enfin généraux et politiques comprirent qu'ils envoyaient au massacre les ingénieurs indispensables au chemin de fer, à l'aéronautique, à l'industrie de l'armement. La guerre endommagea l'Ecole de Châlons, l'Ecole de Lille fut occupée par les Allemands et utilisée comme hôpital, Aix, Angers et Cluny furent fermées de 1916 à 1917. Seule Paris sort indemne de la guerre.

L'entre deux guerres

En 1919, un nouveau programme d'amélioration des ateliers est engagé. Sur les 12 heures d'enseignement quotidien, 5 sont consacrées aux travaux d'atelier spécialisé en conception de machines, assemblage et installation, en dessin de modèles, usinage des métaux, fonderie, tous associés étroitement aux cours théoriques de mathématiques et de sciences appliquées. La filière a un niveau de qualification de contremaître. En 1920 on rattache les établissements techniques alors dépendant du ministère du commerce au déjà grand ministère de l'éducation nationale. Très rapidement, on commence à regretter le changement de tutelle. L'élévation du niveau pouvait faire espérer un passage dans l'enseignement supérieur qui ne venait pas malgré l'autonomie laissée à la direction de l'enseignement technique. En 1930 l'emploi chute brutalement. En 1933, la Société des Anciens Elèves obtient la réduction des admissions à l'Ecole (de 600 à 360) de manière à protéger l'emploi des ingénieurs. Elle défend aussi le diplôme d'ingénieur et obtient le vote de la loi du 10 juillet 1934 limitant le droit à la délivrance du diplôme d'ingénieurs à 88 établissements certifiés par une commission du titre. Paradoxalement, la fin des années 30 et la course à l'armement font que la France demande alors beaucoup d'ingénieurs et avec ses millions de chômeurs elle manque cruellement de personnel qualifié. En 1936 la Société des Anciens Elèves oeuvre contre la bureaucratie qui ferme les différents corps techniques des armées aux Gadz'Arts.

Depuis la seconde guerre mondiale

En 1943 la commission de l'enseignement technique de la Société des Anciens élèves met sur pied un programme de réforme : c'est le cursus en 4 ans, l'intégration à l'enseignement supérieur, le transfert vers des grandes villes, l'élévation de l'âge d'entrée, le maintien de l'internat obligatoire, le retour au système de bourses, l'amélioration des programmes de préparation dans les écoles nationales professionnelles et la création d'un réseau de lycées techniques.

1956

De 1956 à 1959, le recrutement doit passer de 360 à 460 bacheliers. Le compromis d'évolution sera la création de l'Ecole de Bordeaux. Ainsi on forme 600 Gadz'Arts par an quand il en faut 1500 à 1800 (la distorsion étant comblée par les ENI et en 1982 le corps des ingénieurs compte en France 250000 personnes dont 20000 sont Gadz'Arts. De même, en 1956 est créée la section B qui est l'ouverture des Ecoles d'Arts et Métiers aux bacheliers sciences expérimentales et math. élèm., le succès au concours Arts et Métiers donne de plus une équivalence universitaire le "diplôme d'études universitaires scientifiques".

1963

Avec une nouvelle élévation du niveau des programmes, les Ecoles d'Arts et Métiers deviennent Ecoles Nationales Supérieures d'Arts et Métiers (ENSAM). Elles sont chargées de dispenser un enseignement scientifique, technique et pratique. En 1964 les ENSAM, Centrale et autres écoles techniques sont rattachées à la direction des enseignements supérieurs (au lieu de technique), ce qui entraîne la protestation de la Société des Anciens Elèves. C'est aussi en 1964 que la première femme est admise à l'ENSAM dans le centre de Bordeaux.

1966

On accorde à l'ENSAM le statut de Grande Ecole, ce qui implique la réduction du cursus à 3 ans avec un cycle préparatoire de 2 ans (math. sup. & math. spé.). La révolte estudiantine de 1968 retarde l'application à 1974. Les programmes de l'ENSAM sont de plus en plus élevés et tournés également vers la recherche, ce qui en fait la première Ecole de sa catégorie, suivie par les 38 écoles nationales d'ingénieurs et des 3 instituts nationaux de sciences appliquées. L'ENSAM est une Ecole unique sous l'autorité d'un directeur basé à Paris, les 6 centres régionaux ont même programme, même organisation, ayant leur propre conseil de centre, les professeurs ont le statut des grandes écoles techniques, ils sont titulaires d'un certificat d'aptitude professionnel de l'enseignement technique (CAPET) ou d'une agrégation ou d'un doctorat et son donc beaucoup moins issus de l'industrie que par le passé. La formation technique repose sur une formation théorique solide à laquelle s'ajoutent l'informatique, l'électronique et les sciences de l'information, les programmes sont plus ouverts plus flexibles, la troisième année est consacrée à la recherche industrielle.

2007

C'est la date de création de ParisTech dont l'ENSAM fait partie. ParisTech couvre l'ensemble des sciences et des techniques de l'ingénieur, et constitue une véritable université de dimension internationale. Chacune des écoles membres (10 écoles dont Polytechnique, les Ponts et Chaussées, l'Agro...) est reconnue comme la meilleure en France dans son domaine. Ceux-ci sont complémentaires et couvrent pratiquement toutes les sciences de l'ingénieur. Le nombre de ses enseignants et la gamme complète des disciplines scientifiques couvertes confèrent à ParisTech une stature comparable à celle des grandes universités scientifiques et techniques au niveau mondial, pour lesquelles il peut constituer un partenaire de poids. Grâce à ParisTech, l'ENSAM va donc prendre, d'ici quelques années, une dimension internationale.


Compléments
Si vous désirez plus d'informations, le site http://patrimoine.gadz.org/ est à votre disposition.